Anne Emery-Torracinta

DIP – Département de l’instruction publique, de la formation et de la jeunesse

Un Département engagé pour nos enfants

Conseillère d’Etat chargée du département de l’instruction publique, de la formation et de la jeunesse (DIP), Anne Emery-Torracinta et son équipe sont confrontés à de très nombreux dossiers d’actualité. Très impliquée, elle s’engage au quotidien pour offrir à tous un système éducatif actuel et des mesures concrètes en matière de protection des mineurs. Pour Bien Vivre, elle revient sur les différents grands chantiers du Département.

Quel est votre quotidien en tant que cheffe du Département de l’instruction publique, de la formation et de la jeunesse (DIP) ?

Mon quotidien est très variable et rythmé au gré de mes impératifs et de mes obligations. Mon rôle est centré sur deux axes principaux : avoir une vision stratégique sur les grands enjeux du département et pour amener les évolutions et nécessaires, tout en trouvant les majorités et les moyens indispensables pour y arriver. Pour être efficaces toutes les mesures doivent être partagées par de nombreux autres acteurs. Je passe aussi beaucoup de temps sur les questions financières : entre un budget pour 2020 voté sans les postes permettant de faire face à l’augmentation du nombre d’élèves et la crise liée au COVID, je n’ai pas vraiment le temps de m’ennuyer ! Mes journées sont extrêmement variables, je me suis rendu compte qu’il fallait savoir adapter son agenda en laissant chaque jour des plages libres pour être disponible pour toutes les urgences quotidiennes que l’on rencontre et que l’on ne peut malheureusement par définition pas prévoir. Une disponibilité que j’applique également en interne avec mon équipe : je travaille par exemple toujours la porte ouverte afin que tous puissent s’entretenir facilement avec moi en cas de besoin. Le département fonctionne aujourd’hui avec une équipe soudée et qui s’entraide.

Quels sont les grands chantiers du DIP en matière de formation ?

Nous avons plusieurs axes de développement et de réflexion en cours au sein du DIP. Parmi les gros enjeux, nous poursuivons le déploiement de la formation obligatoire jusqu’à 18 ans qui a commencé à la rentrée 2018. Aujourd’hui, face au constat de ces deux premières années, nous devons rectifier et affiner cette mesure avec l’aide de nos partenaires extérieurs : employeurs, acteurs de terrain, milieu associatif ou communes qui proposent d’autres types de solutions. Le système de formation actuel ne peut pas porter seul quelque chose d’aussi important et complexe que la formation obligatoire. C’est une volonté, qui est d’ailleurs aussi fédérale, d’amener le plus de jeunes possibles à une certification, sachant que sans un titre de formation professionnelle, on a moins de chances d’entrer sur le marché du travail. J’avais notamment à l’époque résumé cet enjeu par le slogan : « Un jeune, un diplôme, un avenir ». Ce dossier nécessite beaucoup d’humilité, nous sommes conscients que c’est un travail de longue haleine qui se tiendra sur le long terme. Annoncée il y a quelque temps, la réforme du cycle d’orientation est aussi une de mes priorités. Cette réforme vise à répondre à des besoins qui ont été mis en lumière au fil des années. Toute réforme scolaire doit être évaluée et ce projet se fonde à la fois sur les constats de celle de 2011 ainsi que sur les nombreuses recherches effectuées autour de nous dans les systèmes éducatifs existants. Nous observons que de plus en plus d’élèves entrent au cycle dans la section la plus exigeante et, à l’inverse, que 6% seulement sont dans la moins exigeante. On peut donc se demander si 3 sections font encore sens. Un de nos axes de travail est d’avoir pour la 9e année une « mixité » des profils d’élèves dans les classes, sans section. Cela nécessitera de former les enseignants pour travailler dans des classes plus hétérogènes Par ailleurs, nous envisageons un cycle accéléré en 2 ans pour les élèves ayant de très grandes facilités d’apprentissage. Ce chantier comprend de nombreuses étapes et certains changements vont nécessiter des modifications législatives qui seront encore déposées en 2020 afin que le Parlement puisse s’en saisir. Dans l’optique de fédérer les différents acteurs, outre les groupes de travail internes au département, j’ai mis en place un groupe d’accompagnement politique composé d’un député de la commission d’enseignement par parti. Il se réunit une fois par mois et suit ces travaux à travers des échanges, des idées, des discussions. En effet, l’école ne doit pas être ni de droite, ni de gauche, mais nous devons tous travailler de front pour construire l’école de demain. Nous poursuivons également notre travail relatif à l’école primaire en permettant aux enseignants d’avoir l’aide d’autres professionnels, comme les éducateurs spécialisés, les logopédistes ou les psychologues… qui apportent un autre regard et compensent certains manques du système actuel. Tous ces chantiers vont dans le sens d’une école inclusive, c’est-à-dire d’une école qui réponde mieux aux besoins de tous les élèves, indépendamment de leurs facilités ou difficultés d’apprentissage.

Pouvez-vous nous parler de la révision du dispositif de protection des mineurs récemment mis en exergue ?

C’est, en effet, l’un des gros objectifs de cette législature. La protection des enfants et des jeunes est une mission essentielle et délicate. Elle incombe tout d’abord aux parents. Mais quand elle fait défaut, différents professionnels interviennent. L’action de l’Etat doit donc être subsidiaire et avoir d’abord comme objectif le soutien aux parents, dans une volonté de partenariat. Nous travaillons sur plusieurs axes, comme une transformation des approches en matière de soutien à la séparation parentale qui vise à intervenir au plus vite afin que l’enfant ne puisse devenir l’enjeu d’un conflit entre les parents. Nous considérons ces derniers comme des partenaires que nous devons impliquer avec l’aide des différentes instances en place (autorités judiciaires, protections des mineurs…) afin de trouver tout de suite les solutions les plus adaptées. Améliorer la qualité de l’évaluation de l’enfant en danger est un autre objectif avec la mise en place d’une nouvelle grille d’évaluation. Ensuite, nous allons analyser puis adapter l’offre du dispositif de protection, notamment les mesures ambulatoires (AEMO – assistance éducative en milieu ouvert) et leur impact, ainsi que les possibilités de les développer ou encore revoir comment et quand la fin d’un placement peut être envisagée et préparée avec la mise en place d’une plateforme de sortie regroupant les partenaires institutionnels concernés. Enfin, nous allons aussi revoir les missions, la gouvernance et le fonctionnement du SPMi, également avec la volonté de permettre aux intervenants en protection de l’enfant d’être plus présents sur le terrain. Ces différents axes de travail permettront de concrétiser les valeurs essentielles liées à la mission de protections des mineurs que sont la transparence, l’équité, la qualité et la participation.

L’avis sur le numérique au sein des établissements scolaires est parfois très controversé. Quel est votre position sur le sujet ?

Le numérique à l’école est l’un des axes du programme de législature du Conseil d’Etat. Il ne s’agît pas de faire une école virtuelle et à distance : le semi-confinement lié au COVID nous a d’ailleurs confirmé l’importance de l’enseignement en présentiel, en classe. Mais il nous a aussi ouvert des perspectives en matière d’utilisation du numérique. Actuellement, le DIP travaille dans deux directions : l’éducation au numérique et l’enseignement par le numérique. La première vise à permettre à tous les élèves d’acquérir des notions d’informatique tout en leur permettant de mieux appréhender les notions de sécurité, de santé et de prévention face à ces nouveaux outils. L’enseignement par le numérique doit quant à lui offrir une plus-value à nos élèves et enseignants, avec l’utilisation de tablettes ou d’ordinateur leur permettant de réaliser des choses qu’on ne peut pas faire de manière traditionnelle. L’utilisation des manuels est et restera l’outil de base de notre enseignement mais nous devons également nous adapter à l’ère actuelle et aux outils numériques qui offrent la possibilité de varier les rythmes de travail et apportent de l’aide à certains élèves en difficultés.

Qu’en est-il du renforcement du dispositif pour l’égalité de genre, la prévention des discriminations et la lutte contre les abus et le harcèlement ?

Ce renforcement était une nécessité absolue. Désormais, nous aurons pour chaque ordre d’enseignement deux professionnels reconnus qui seront chargés de ces questions. L’un s’occupera du suivi des élèves et des situations concrètes et le second sera en charge des aspects pédagogique, préventif et de la formation des enseignements et des professionnels. Ils agiront également dans un groupe de coordination présidé par une de mes collaboratrices chargées de ces questions.