Antonio Hodgers

DT – Département du territoire

« Une ville pour toutes et tous, c’est essentiel »

Président du Conseil d’Etat et Conseiller d’Etat chargé du territoire, Antonio Hodgers a un quotidien aussi intense que varié. Pour répondre à toutes ses obligations, il passe d’un dossier à un autre sans ne jamais perdre de vue son fil conducteur, le bien-être de tous les concitoyens. « Ville durable, Genève internationale, vélo, universalité, ville enviable et apaisée, arborisation… » quelques mots issus de réponses aux questions que Bien Vivre lui a posées pour faire un tour d’horizon.

Vous êtes aujourd’hui Président du Conseil d’Etat et Conseiller d’Etat chargé du territoire. Comment s’organise votre quotidien ?

Il est à la fois chargé, passionnant et très diversifié. Je n’ai évidemment pas de journée type, la seule constance d’une journée à l’autre est que je me déplace systématiquement à vélo. La charge de la présidence est certes conséquente, mais les sujets de ce département résonnent beaucoup avec ceux du département du territoire. Ce qui change c’est l’échelle ; biodiversité, changement climatique, ville durable, consommation responsable. Les réponses sont souvent dans la coopération et dans le multilatéralisme. J’aime autant les dossiers de la Genève internationale que ceux de l’urbanisme. Le cerveau, comme n’importe muscle, s’habitue à passer d’une thématique à une autre, d’un cénacle à l’autre, d’un public à l’autre, d’une langue à une autre. Et plus il s’entraîne, plus il apprécie. Je dirai aussi que la crise sanitaire que nous avons connu a permis au politique et à l’administration de généraliser le travail à distance, ce que je fais depuis des années. Les outils d’aujourd’hui offrent une grande flexibilité en me permettant de travailler de partout ce que j’apprécie particulièrement. Mais tout ceci ne serait pas possible sans des équipes de qualité sur lesquelles je peux m’appuyer. Il est aussi le fait d’une vie privée et familiale à laquelle je tiens à me dédier.

Parmi les grands dossiers qui concernent le Conseil d’Etat, il y a celui du CEVA mis en route officiellement depuis le 15 décembre dernier. Qu’en espérez-vous réellement ?

Comme tout le monde, qu’il améliore la circulation en ville. Mais très rapidement, il était clair que ce tronçon était plus qu’une mesure de mobilité. Il a profondément changé le paysage urbain, parfois en transformant des quartiers comme aux Eaux-Vives, parfois en en créant de nouveaux comme à Pont Rouge. Ce que j’espère, c’est qu’en étant largement utilisé, il participe au changement d’habitudes de déplacement pour découvrir qu’il y a une multitude d’option : faire un bout en train, prendre un tram, retrouver son vélo et finir par aller boire un verre dans une de ces nouvelles places.

Renforcer et soutenir la Genève internationale fait partie des priorités politiques de la ville. Concrètement, comment cela se traduit-il ?

Tout d’abord, Genève vise à offrir un accueil de qualité aux acteurs de la Genève internationale. Cela passe par des mesures liées à l’immobilier, par exemple via les prêts accordés par le canton pour les constructions et rénovations des bâtiments des organisations internationales. Cela passe aussi par des services offerts par le Centre d’accueil de la Genève internationale. Le canton porte une attention particulière aux organisations non gouvernementales, dont elle soutient certains projets. Genève participe également activement au développement d’un réseau de formation, de réflexion et de savoir-faire afin de renforcer les synergies entre les acteurs de la Genève internationale, mais aussi leur ancrage dans le tissu local. Enfin, le canton soutient la venue de délégués participant à des conférences à Genève afin que le plus grand nombre d’Etat puissent y être représentés. Cette universalité me tient à cœur.

La signature d’une convention, en novembre 2019, avec le groupe Pictet a quel impact sur le projet urbain du PAV ?

La signature de cette convention ouvre la voie à la réalisation du premier projet à l’Etoile qui sera un nouveau centre-ville pour Genève. Et qui dit centre-ville au XXIe siècle, dit espaces verts ouverts au public, pas de trafic motorisé et même une rivière remise à ciel ouvert. C’est difficile de se le représenter aujourd’hui mais c’est bien ce qu’on y trouvera ! Les bâtiments eux seront en partie voués aux activités du groupe Pictet, et comprendront également l’équivalent de quelque 100 logements. Les nouveaux bâtiments font l’objet d’un concours d’architecture organisé par le groupe Pictet, dont le lauréat a été annoncé le 23 juin dernier. La gagnante de ce concours est Inès Lamunière.

Cet accord fixe également les règles du jeu pour les constructions avec des exigences importantes en matière énergétique et écologique. Il engage aussi le groupe Pictet sur les espaces extérieurs puisqu’il participera à hauteur de près de 5,8 millions de francs à la réalisation des espaces et équipements publics. L’entreprise pourra ainsi participer de façon active à la conception des aménagements extérieurs publics avec les autorités cantonales et communales.

Enfin, la banque Pictet a donné un signal très important avec la signature de cette convention. En tant qu’important acteur économique du canton, elle confirme son ancrage tout en développant ses activités en continuité avec son siège de la route des Acacias.

On parle beaucoup des constructions neuves mais moins des actions menées par le Département du Territoire pour la préservation du patrimoine bâti et naturel. Quels travaux vont dans ce sens ?

Merci de soulever cette question puisqu’effectivement les nouveaux projets vont de pair avec la protection du patrimoine, qu’il soit architectural ou paysager, tous deux étant constitutifs d’une ville enviable et apaisée. En matière de patrimoine bâti, c’est un travail de fourmi souvent peu connu. Depuis 6 ans maintenant, mon département répertorie de manière approfondie tous les bâtiments du canton. Cela nous permet de connaître précisément notre patrimoine bâti et de l’intégrer tout au début des réflexions dans les projets urbains. De plus, chaque année plusieurs objets sont formellement protégés. Il y en a eu 9 en 2019. Du très notoire cinéma le Plaza, il y a des bâtiments d’écoles primaires typiques et l’étonnante permanence médicale de Cornavin qui ressemble à une soucoupe volante. Ce panel montre bien que le patrimoine est multiple et que sa richesse ne saute pas toujours aux yeux. Je pense par exemple à des petits immeubles aux Eaux-Vives qui viennent d’être protégés. Ce n’est pas la splendeur architecturale qui fait la différence, mais le fait qu’elles sont le dernier témoin des anciennes activités artisanales du quartier et qu’on sait que les gens y sont attachés. C’est un repère visuel tout comme l’est la nature en ville. La population connaît d’ailleurs peut-être mieux son patrimoine naturel que bâti. La campagne genevoise est très prisée, comme le sont les cours d’eau, le bord du lac, les parcs et les arbres. Il faut à la fois valoriser et protéger ces espaces. Sur les arbres en particulier, j’ai lancé une stratégie d’arborisation pour atteindre un taux de canopée de 30% en 2030. Augmenter la présence de la nature en ville est indispensable si on veut améliorer notre qualité de vie sur le long terme.

Membre des Verts, quelle serait pour vous la Genève idéale ?

Une ville pour toutes et tous c’est essentiel. Que chacune et chacun y trouve sa place, un logement, une place en crèche, des commerces variés, des parcs et des moyens de transports publics efficace. C’est une ville apaisée, avec des vies de quartiers différentes et des ambiances urbaines différentes. Une ville ouverte sur le monde, où on peut faire la fête mais où on peut dormir les fenêtres ouvertes en été. J’ai envie d’une ville étonnante aussi, avec ses recoins et ses mystères, qui permettent à des projets éphémères d’émerger. C’est un enjeu urbanistique de ne pas tomber dans la ville rigide qui fige tout. Déjà que l’aménagement laisse des traces pour de nombreuses années, il faut trouver un moyen de laisser aux générations futures la possibilité d’y apporter leurs pattes. Je ne crois pas qu’il faille être membre des verts pour avoir envie de cette ville-là…

A horizon 2040, comment imaginez-vous la ville du bout du lac ?

Comme je l’ai décrite plus haut, mais cela sous entends de privilégier les transports publics et la mobilité douce sur la voiture et de favoriser les arbres en ville au détriment des places de parkings. Cela sous-entend également que la qualité architecturale soit au rendez-vous et qu’on fasse de la place à toutes les catégories sociales de la population. Je crois fondamentalement qu’on peut construire de la ville qui fasse envie mais cela demande de la patience, une acceptabilité de la population et un engagement de tous les corps de métiers. L’Etat ne peut pas tout dans cette affaire.

Depuis vos premières heures en tant que Conseiller d’Etat, de quoi êtes-vous le plus fier et le moins ?

J’ai de la peine à répondre à cette question. En tant qu’élu, la fierté est un terrain glissant. Il faut au contraire souvent la mettre dans sa poche pour permettre aux dossiers d’avancer ce qui est mon travail quotidien : trouver des majorités, créer de l’adhésion, investir des opportunités de collaboration et bien sûr donner du sens à un projet politique.