Antonio Hodgers

Département du territoire

« C’est tout le développement de Genève qui gagne en cohérence avec ce nouveau département »

Réélu au Conseil d’Etat au printemps 2018 pour une seconde législature, Antonio Hodgers est désormais à la tête du Département du Territoire d’où il entend poursuivre le travail entamé en 2013 à la tête du DALE. A ces tâches s’ajoutent notamment les politiques publiques liées à l’environnement, à l’eau, à l’agriculture et à la nature, ainsi qu’au développement durable. Pour en savoir plus sur ses nouvelles prérogatives et ses objectifs, Bien Vivre l’a rencontré.

Pourquoi avoir décidé de briguer un second mandat ?

Après 4 ans et demi de mandat, repartir pour un tour semble tout à fait naturel. La matière est maîtrisée, les équipes sont en place, les projets lancés portent leurs fruits et les négociations de fond avancent. Le développement territorial est un sujet passionnant qui recouvre les questions de logement et d’infrastructure bien entendu, mais aussi – et peut-être surtout – de notre capacité à vivre ensemble, d’équilibres sociaux, de durabilité de notre société et de qualité de vie. Pour combiner les définitions que chacun glisse derrière ces concepts, il faut un travail d’écoute, de concertation et il faut savoir revoir les méthodes d’aménagement du territoire. Il s’agit de l’avenir de notre canton et j’ai eu envie, avec le soutien de mon parti, de porter ce dossier encore quelques années.

Quel bilan faites-vous de la précédente législature ?

Je crois qu’un bilan n’est pertinent qu’à la lumière des objectifs qu’il détaille. Le département ayant globalement atteint les siens, je dresse donc un bilan satisfaisant. Si je devais retenir 3 éléments marquants de cette législature, je mentionnerai l’atteinte – avec 4 années d’avance – de l’objectif de réduction de 29% de la consommation thermique. Un autre projet parlant est la création d’un fonds de solidarité intercommunal qui vient soutenir financièrement les communes qui construisent le plus de logements. Troisièmement, ces chiffres un peu aride mais qu’on n’avait pas vu en 20 ans, la construction de plus de 2000 logements chaque année depuis 2015.

Le soutien populaire est également encourageant ; un oui clair de la population genevoise au quartier des Vernets, à la stratégie énergétique 2050 de la Confédération, au développement urbain en Ville de Genève et à Bernex et plus récemment au développement du PAV. Ces résultats sont autant de signe qu’il faut se tourner vers l’avenir.

Enfin, à titre personnel, il y a le plaisir que j’ai eu à assumer ma fonction ces dernières 4 années et à travailler chaque jour. Je le dois en grande partie à l’engagement et au professionnalisme des collaboratrices et collaborateurs du département.

Vous vous êtes notamment occupé du délicat dossier du logement, dans un canton qui a un gros retard à rattraper en la matière. Quelles avancées concrètes ?

Plus de 2000 logements construits chaque année depuis 2015 et à la fin 2017, plus de 5000 logements étaient en cours de construction ! Il s’agit du quartier des Vergers à Meyrin, des logements le long des gares du Léman Express, notamment le très spectaculaire quartier de Pont Rouge.

Une autre concrétisation qui était attendu depuis longtemps est la méthode d’aménagement du territoire. Avec le souci qu’il faut penser et dessiner un nouveau quartier avec et pour les habitants, la concertation est devenue une obligation. En parallèle, les outils d’urbanisme formels ont été assouplis pour donner plus de marge de manœuvre aux architectes. Ces réformes qui ne sont pas anodines commencent à laisser des traces, notamment en normalisant la transformation territoriale que connaît le canton de Genève. Pendant des années les autorités ont annoncé le changement, aujourd’hui il est en marche. Les Communaux d’Ambilly à Thônex, dont les travaux ont débuté en mai dernier, sont le meilleur exemple de ce basculement.

Votre département, anciennement DALE, a intégré l’environnement et l’agriculture. Une bonne chose ?

Une excellente nouvelle effectivement. Toute la politique d’aménagement repose sur une vision, ne pas saturer le territoire. En d’autre terme, il s’agit de protéger sa zone agricole, ses cours d’eau, ses forêts et de construire des centres urbains là où cela a du sens. Je souhaite que la durabilité soit au cœur du développement territorial. Cette durabilité concerne autant les nouveaux centres urbains qui posent des enjeux de nature en ville, de gestion des déchets ou d’ilots de chaleurs que le monde agricole et les questions de mode de production et de consommation. Les choix qui seront faits pour l’un auront des impacts sur l’autre. C’est tout le développement de Genève qui gagne en cohérence avec ce nouveau département.

En début d’année, on a assisté à une manifestation contre l’urbanisation du canton. Votre réaction ?

J’ai pu constater un certain éclectisme dans les participants à ces manifestations : propriétaires de villas, amateurs de la décroissance, défenseurs du patrimoine. Malgré des intérêts divergents, ils se sont retrouvés autour de la peur du changement. Certains s’opposent au nouveau statut de Genève qui se transforme pour devenir une métropole. Je réfute le discours du « c’était mieux avant » mais je rejoins certaines revendications, notamment l’impératif de la qualité ou encore la valorisation du patrimoine naturel et bâti.

En juin 2018, les genevois ont approuvé la loi sur le PAV. Pourquoi avoir soumis l’aménagement de ce quartier au referendum ?

Le PAV est le plus grand projet urbain du canton – et de Suisse d’ailleurs – et la population n’avait jusqu’ici pas eu l’occasion de se prononcer ni sur l’opportunité de le faire ni sur les conditions cadres. Le Conseil d’Etat a souhaité que la population valide, ou pas, les grandes orientations et équilibres de ce projet majeur du XXIe siècle. Je constate avec satisfaction le plébiscite citoyen.

Quels sont les changements concrets ?

Le projet soumis et largement accepté permet, d’une part, d’augmenter le nombre de logements (+1900 unités), ce qui est bienvenu au vue de la crise du logement. D’autre part, nous avons fortement augmenté la part de propriété par étage (PPE) afin d’améliorer la mixité sociale des futurs quartiers. Plus particulièrement, nous avons introduit la possibilité de réaliser de la PPE en droit de superficie, option déjà utilisée à Pont-Rouge et largement en Suisse alémanique, qui est moins chère que la PPE classique et favorise donc l’accès de la classe moyenne.

Vos ambitions pour cette législature ?

Genève doit non seulement continuer de rattraper son retard en matière de logements et d’infrastructures, mais elle doit le faire sans fuite en avant et en partenariat. Ce qui se décide et se construit aujourd’hui laissera des traces pour plusieurs décennies. C’est pour cela qu’il faut donner envie ; envie de s’engager dans son quartier, envie d’investir l’espace public, envie de profiter des espaces verts, envie de venir s’installer ou se réinstaller à Genève. Nous sommes au seuil d’un cercle vertueux pour le canton et avec mes collègues du Conseil d’Etat, j’entends garder le cap d’un développement territorial maîtrisé et équilibré, qui réponde aux besoins en nombre et en qualité.