Arsanté Services SA

La plateforme de services qui s’inscrit dans une quête de nouvelles organisations

 

Face aux défis et aux problématiques du système actuel de santé, il est urgent de repenser nos organisations qui doivent apprendre à lire leur environnement et s’y adapter rapidement, donc posséder une plasticité et une nouvelle intelligence organisationnelle. La plateforme de services Arsanté cherche à répondre aux exigences induites par les grandes lignes de force du nouveau contexte sociétal : vieillissement de la population, maladies chroniques, pandémies, accessibilité aux soins, enjeux écologiques. Bien Vivre a rencontré le Dr Philippe Schaller, qui anime cette transformation organisationnelle.

 

Comment définissez-vous cette plateforme de services ?

Une plateforme de services représente une entité cohérente regroupant, pilotant et coordonnant divers services complémentaires afin de soigner, d’accompagner dans leurs parcours respectifs des patients, des bénéficiaires communs. Les entités qui délivrent ces services sont des partenaires plus ou moins proches liés par l’intérêt commun d’organiser les soins et l’accompagnement des personnes de manière plus efficiente. Il faut entendre par services des pools de compétences humaines et des ressources matérielles au service d’une même valeur ajoutée.

Cette reconfiguration procède probablement d’une longue réflexion ?

Il y a 30 ans, notre organisation a débuté avec la création du Groupe Médical d’Onex (GMO), acteur de référence dans le domaine de la médecine ambulatoire. Ce groupe de professionnels s’est organisé autour d’une gouvernance participative de médecins et d’autres thérapeutes indépendants pour assurer une prise en charge coordonnée des patients avec la mise en commun des informations médicales. Par la suite et pour mieux répondre aux besoins de la population locale, il est devenu évident qu’il fallait développer un nouveau modèle de soins, plus intégratif et plus interprofessionnel. C’est alors qu’est née la Maison de Santé Cité générations, située également à Onex. Cette Maison de Santé, la première en Suisse, est déjà un dispositif innovant plus évolué en regroupant plusieurs entités (pharmacie, lits de courte durée, infirmières en pratiques avancées et spécialistes dans divers domaines comme les plaies, urgences, soins à domicile, etc.) au sein d’un même bâtiment. Cette structure répond mieux aux suivis de patients souffrant de maladies chroniques ainsi qu’à leur prévention.

Peut-on parler de révolution du secteur de la santé ?

Il ne s’agit pas d’une révolution mais d’une nécessité de reconfigurer l’organisation en obéissant fondamentalement à une autre logique : une logique centrée sur le patient, son projet de soins, ses attentes, ses capacités, ses ressources, son empowerment et son parcours. Développer des centres médicaux et des maisons de santé ne suffisent pas à re-conceptualiser radicalement l’offre de soins, il est nécessaire de repenser le fonctionnement pour améliorer son efficience globale, qu’ils s’agissent de la qualité ou de ses processus de production. Il s’agit d’un changement d’approche dans la mesure où il faut remettre en cause les concepts traditionnels : patients, médecins, hôpital, consultation, généraliste, spécialiste, infirmière… L’objectif est de repositionner les composantes dans un nouvel environnement, environnement dicté par les défis sanitaires du moment.

En quoi cette plateforme apporte une amélioration dans les soins délivrés ?

Si la médecine est une connaissance globale, la santé est un art local : il s’agit donc de répondre à la complexité des situations sanitaires et médico-sociales par des services de proximité adaptés aux besoins des parcours de santé individuel. Cette nouvelle conception des soins, c’est tout simplement reconnaître que les dispositifs de soins, et médico-sociaux sont au service des patients et doivent s’organiser pour mieux coordonner les soins. Les relations entre soignants et soignés doivent reposer sur l’apport croisé des compétences et des connaissances mutuelles des bénéficiaires des soins et des professionnels.

Qu’entendez-vous par plus d’efficience, un souci permanent ?

La plateforme de services doit être capable de mutualiser les ressources entre les différentes structures médico-sociales de champs très divers afin de répondre aux seuls besoins manifestes et d’optimiser l’utilisation des ressources en évitant les doublons et les démarches inutiles. Nous savons que de nombreuses procédures ou examens prescrits ne sont ni utiles ni conformes aux standards de qualité des soins. Dans le cadre des maladies chroniques la coordination de parcours est également un enjeu majeur.

Coordination de parcours ?

Cette coordination vise à assurer une cohérence et une continuité aux divers modes d’accompagnement et de services. A l’origine, le case management s’intéressait uniquement aux cas complexes, aujourd’hui être coordinateur de parcours ou de situation est un métier au cœur de la plateforme de services. Le parcours des personnes fragilisées croise les domaines sanitaire et médico-social. Il se doit de prendre en compte les besoins de la personne, les choix individuels, la famille et l’entourage, les conditions de vie et le contexte socio-économique. L’enjeu est d’éviter une rupture de ce parcours et de créer une véritable dynamique d’organisation permettant d’assurer une prise en charge graduée et de qualité dans un projet au sein d’un territoire. Cette démarche doit être pensée et organisée entre des acteurs de proximité. Le travail interprofessionnel ainsi que l’autonomie des professionnels est un atout majeur.

Pouvez-vous donner un exemple ?

Prenons l’exemple de Denise, âgée de 92 ans, troubles de l’équilibre avec risque de chute suite à un AVC, encadrement important à domicile, environnement qu’elle ne désire, pour rien au monde, quitter. Elle est équipée de sa montre alarme reliée à la conciergerie de son immeuble à encadrement. Un vendredi aux environs de 17 h, elle appelle au secours suite à une chute sur l’épaule. En raison de très violentes douleurs, le concierge transmet cette information à l’infirmier qui se rend chez elle, Stéphane est autonome dans son activité de coordination et décide seul de ses priorités. Il informe de ses décisions le médecin traitant, ainsi que les autres membres de l’équipe (transporteur, assistant socio-éducatif, service des urgences de Cité générations). Enchaînement des processus de prise en charge : diagnostic de fracture sous capitale de l’épaule, pas de luxation, traitement conservateur, décision prise par l’orthopédiste en téléconsultation. Denise est accueillie au sein de l’Unité médicalisée de Cité générations. L’infirmier coordinateur en lien avec le médecin traitant met en route le traitement antalgique. C’est vendredi 19 h, soit environ 2 heures après sa chute, une trajectoire de soins rapide et continue. Après quatre jours de traitement rapproché pour calmer ses douleurs, Denise est accueillie au sein d’une unité de réadaptation et de répit. Après seulement trois semaines, le retour à domicile sera réalisé avec le renforcement de son encadrement. Quelques constats : absence de rupture de trajectoire de soins, pas d’hospitalisation, pas d’intervention médicale hormis l’intervention à distance du médecin-traitant et celle de l’orthopédiste. Pour cela, l’autonomie des professionnels ainsi que ses compétences d’organisateur sont nécessaires.

Donc, cette plateforme de services est à même de relever les défis actuels dans le domaine de la santé ?

Oui, son ambition est de tenter de répondre à des questions fondamentales telles que « comment rendre nos actions et nos organisations plus efficaces, plus cohérentes et plus simples ? » ou « comment développer des parcours de vie sans rupture pour les personnes fragilisées par l’âge, la maladie et le handicap physique ou psychique ? »
Il s’agit d’améliorer le système existant en reliant entre eux des acteurs qui ont du mal à s’entendre a priori ou qui ne se connaissent pas en introduisant de l’unité, de la continuité là où règne la fragmentation. Cela signifie non seulement mieux articuler les entités créées dans le passé et les repenser, en supprimer ou en inventer de nouvelles.

Dites-nous-en un peu plus…

Comme vous l’aurez compris, cette plateforme de services n’est pas une société économique au sens habituel du terme, il s’agit d’une organisation qui propose des interventions professionnelles multiples dans les domaines du sanitaire et du médico-social. Cette plateforme de services apporte, également, son soutien et ses compétences pour accompagner et participer à la gestion d’entités à but lucratif ou d’intérêt public. Elle cherche à développer des écosystèmes locaux pour mieux répondre à des besoins émergents. La plateforme s’est développée progressivement en réponse à l’évolution de l’environnement médico-social, mais aussi à la nécessité de s’adapter aux contraintes économiques imposées par les différents financeurs du système de santé.

S’adapter aux contraintes économiques, comment ?

Le défi est de revisiter le mode d’allocation des ressources et de sortir d’un financement à l’acte qui stimule l’augmentation des prestations pas toujours nécessaires, ne finance pas la coordination des soins, ne développe pas l’innovation et surtout ne récompense pas l’efficience organisationnelle. Quand on parle de nouveaux modes de rémunération on pense au financement par épisode de soins ou de capitation populationnelle. La collaboration avec les différents financeurs (assurances, Etat, citoyens) et la transparence des coûts permettent de définir une juste rémunération pour chaque procédure. Aujourd’hui, Arsanté désire apporter sa contribution dans de nouveaux outils et de nouveaux modèles de financement pour favoriser cette coordination et planification des trajectoires de santé…
Transformer l’organisation des soins de proximité et l’accompagnement social offre plusieurs avantages : éviter des hospitalisations inappropriées, prescrire plus juste et répondre à des besoins plus spécifiques par un accompagnement reposant sur une relation de confiance où le patient est acteur de ses choix.

Vers une intelligence collective au service de la population ?

Innovation, liberté d’écoute, efforts collectifs, capacité à se réinventer, agilité, organisation, coordination… autant de moteurs qui guident l’action d’Arsanté. Les valeurs sont simples mais concrètes : respect de la dignité de tous les individus, souci d’une bonne et juste utilisation des ressources naturelles et financières, qualité de l’accompagnement et des prestations offertes, et communication honnête et transparente entre les différents acteurs.

L’innovation comme réponse aux évolutions et aux attentes ?

C’est le seul moyen pour s’adapter à un environnement en constante mutation et aux attentes changeantes des personnes. Comme mentionné de nouveaux modèles de financement doivent également être expérimentés. C’est à cette condition que nous pourrons voir émerger des équipes pluriprofessionnelles de proximité à même de développer de nouvelles organisations et de nouveaux services (prévention, dépistage, coordination des parcours, éducation thérapeutique…). Il existe sur le terrain un consensus sur la nécessité de travailler autrement pour adapter pratiques et responsabilité aux conditions d’aujourd’hui. Pourtant, le système n’arrive pas à créer les conditions pour entreprendre des réformes en profondeur. En Suisse, il est nécessaire pour réformer de le faire à petit pas en privilégiant les expériences pilotes. Arsanté se dit prêt à se donner les moyens de changements plus radicaux.

La Clinique de Carouge vient d’ailleurs de rejoindre Arsanté.

C’est exact dès juin 2020 la Clinique de Carouge quitte la gestion du groupe de La Tour pour rejoindre notre organisation et devenir, à terme, une maison de santé à l’image de Cité générations à Onex. Elle proposera notamment des lits d’hospitalisation en soins intermédiaires, des urgences, un cabinet de groupe ou encore un service de soins infirmiers consacré aux maladies chroniques. Nous pourrons aussi intégrer un projet qui nous tient à cœur depuis très longtemps : un pôle de services et de savoir-faire pour les personnes souffrant de handicaps physiques ou psychiques, en collaboration avec l’Hôpital Cantonal. Cet espace sera dédié à toute personne ayant besoin d’un accompagnement sensible et professionnel.

La plateforme Arsanté : un rêve devenu réalité ?

C’est un peu cela. Aujourd’hui, Arsanté représente une entité cohérente dotée d’un véritable savoir-faire. Il reste encore beaucoup à faire pour favoriser l’appropriation par les acteurs des nouveaux concepts, de faire évoluer les postures professionnelles, de stimuler la coordination, de simplifier les procédures. Et pour terminer n’oublions pas que la personne en situation chronique ou les malades en général sont les acteurs principaux et les premiers concernés par les transformations du système de santé. Ils ont beaucoup de choses à nous apprendre et ils seront certainement moteurs pour stimuler et accompagner le changement.

Arsanté Services SA

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