Didier Castella

Conseiller d’Etat – Direction des institutions de l’agriculture et des forêts / DIAF

Un quotidien intense et passionnant

Traiter une multitude de dossiers dans de nombreux secteurs, mener des projets d’envergure liés à la stratégie de développement voulue par le canton autour de l’agroalimentaire, être sur tous les fronts de l’agriculture et des forêts, tel est le quotidien du Conseiller d’Etat, Didier Castella. Pour savoir qui il est et quels enjeux il doit relever, Bien Vivre l’a rencontré.

Qui êtes-vous en quelques mots et quel est votre quotidien au sein de votre fonction ?

A la base, j’ai un doctorat en physique expérimentale. Puis, je me suis spécialisé dans le management et l’environnement. Côté politique, jeune, je m’y intéressais déjà et, petit à petit, j’y ai fait ma place en occupant des postes de plus en plus importants jusqu’à être élu Conseiller d’Etat en 2018. Je gère une direction qui est très large et variée puisque je travaille aussi bien avec les pêcheurs, les communes, les vignerons, l’agriculture sous toutes ses facettes, les chasseurs, les forêts et d’autres encore. A ceci s’ajoute mon activité comme membre du Conseil d’Etat, ce qui me permet de dire que mes journées sont bien remplies. Pour autant, j’évolue dans un univers qui m’intéresse vraiment et comme j’aime l’intensité et l’émotion, j’ai une direction qui me passionne.

Pouvez-vous revenir sur l’histoire de l’agroalimentaire dans le canton et comment s’est jouée son évolution au fil des siècles ?

L’agroalimentaire a joué un rôle central dans le canton depuis qu’il est habité. Sans remonter à la Préhistoire, on peut penser à l’arrivée de moines qui se sont installés à l’abbaye de Hauterive en 1137. Ils ont réalisé un travail herculéen en défrichant notre région, la rendant ainsi accessible à l’agriculture. Par la suite, la création de la ville de Fribourg et l’extension vers Romont ou Châtel-Saint-Denis, qui étaient les greniers du canton, a renforcé son importance. A la fin du Moyen Age, les élevages caprins ont fait leur apparition puis rapidement les bovins. Dans cette continuité est né le fromage et plus précisément le Gruyère. Apprécié au-delà du canton et de la Suisse, il a été un vrai moteur pour le développement de l’agroalimentaire. Par ailleurs, Fribourg était un canton catholique, à la différence de ses voisins, ce qui l’a isolé. Il a dû développer des compétences pour s’autoalimenter ce qui explique en partie le poids historique de son agriculture. Aujourd’hui, Grangeneuve et ses formations, l’Agroscope et ses recherches ainsi que les nombreuses sociétés industrielles de transformation confirment la dynamique de ce secteur. De plus, pour mettre en œuvre la volonté affichée du canton de se positionner comme leader de l’agroalimentaire suisse, nous travaillons à une stratégie agroalimentaire forte et ambitieuse. Elle va permettre d’aller encore plus loin et de voir de nouvelles implantations de tous types en terres fribourgeoises. Il y a une vraie dynamique autour du secteur avec des enjeux énormes à la clé, tout ceci représente des opportunités que nous entendons bien saisir.

Aujourd’hui, en chiffres, que représente le secteur ?

Le secteur agroalimentaire représente environ 20% du PIB du canton et 20% des emplois ce qui le positionne comme le premier pourvoyeur de travail. Ces chiffres englobent la restauration. Pour les comprendre, il ne faut pas perdre de vue que nous avons toute la filière, de la production de base à la transformation artisanale, comme dans les chalets d’alpage pour le fromage, par exemple, jusqu’à la transformation industrielle. Nous comptons une quinzaine d’entreprises internationales de taille importante, et ce dans différents secteurs, qui emploie une masse importante de personnes.

Qui a eu l’idée du concours Agri&Co Challenge ?

Il est né d’un groupe de travail mis en place entre la Direction de l’Economie et la DIAF pour étudier l’avenir du site de Saint-Aubin. Rapidement, l’idée de se concentrer sur le développement de l’agroalimentaire a émergé et d’un concours pour attirer de nouvelles forces vives.

Où en est le projet ?

Les premiers bâtiments sur le site de Saint-Aubin ont été transformés pour accueillir les entreprises qui ont gagné le concours et à ce jour, 5 entreprises ont déjà pris possession de leurs locaux, 4 autres le feront d’ici à la fin de l’année.

Est-ce que d’autres concours vont être lancés pour faire venir plus d’industries novatrices ?

Comme je vous l’ai dit, le canton a décidé d’appliquer une stratégie de développement dans le secteur de l’agroalimentaire et parmi les idées proposées, il y a, effectivement, celle de relancer un concours. Notre but est vraiment, sous cette forme ou une autre, d’aller chercher des forces vives. Pour autant, ces dernières ne sont pas obligées de venir de l’extérieur. Nous avons déjà un fort vivier de compétences installées sur nos terres et nous sommes également à l’écoute de leurs idées, leurs projets, leurs ambitions. Dans ces entreprises-là, il y a un très fort potentiel d’innovation. Nous sommes donc intéressés autant par ce qui peut venir d’ailleurs que ce qui peut se concrétiser dans des sociétés locales.

Dans la stratégie de développement économique du secteur agroalimentaire fribourgeois, il y a, entre autres, le tourisme. Quelles intentions y sont liées ?

A la base, nous pouvons déjà prétendre avoir un magnifique canton, avec ses lacs et ses montagnes, ses campagnes et ses produits authentiques, qui attirent beaucoup de touristes. Comme habitant et ancien élu de Gruyères, je peux en attester ! Le retour aux sources est de plus en plus apprécié et la demande grandissante. Nous pensons donc à développer des formules d’agrotourisme. Ceci permettra de montrer le travail quotidien des exploitations et faire prendre conscience de la réalité de leurs activités. Il y a également l’œnotourisme, comme dans le Vully, qui doit encore s’accroître. En plus il faut encore mieux mettre en valeur le lien entre le paysage et les produits du terroir fribourgeois. Il y a, derrière tout cela, un fort potentiel économique pour le canton. On le travaille en collaboration avec Terroir Fribourg et l’Union fribourgeoise du tourisme sans pour autant galvauder notre patrimoine agricole et nos traditions.

A vouloir consolider cette force dans l’agroalimentaire, d’autres initiatives cantonales ou de sociétés privées sont-elles en discussion pour le futur ?

A ce jour, nous avons des entreprises de transformation ou de cultures qui font connaître leur intérêt à venir s’installer dans le canton de Fribourg tandis que d’autres, déjà installées, souhaitent se développer. Ainsi, la promotion économique traite actuellement des dossiers de projets dans l’innovation ou le traditionnel. On a une demande forte et intéressante que nous devons aider à se concrétiser.