FMB – Fédération des Métiers du Bâtiment

Nicolas Rufener

 

Un engagement pour faire entrer Genève dans le XXIe siecle

Fondée en 1947, la FMB regroupe 18 associations patronales représentant 1400 entreprises dans tous les domaines de la construction et pas moins de 12000 travailleurs et 1000 apprentis. Entretien avec son Secrétaire général Nicolas Rufener pour faire le bilan de l’année 2019 et évoquer les grands chantiers pour 2020.

Les marchés publics sont au cœur de vos préoccupations. Quelles ont été les évolutions majeures dans ce domaine en 2019?

C’est un dossier que nous avons suivi au niveau national, intercantonal et cantonal car l’ensemble du corpus législatif et règlementaire, a été révisé en 2019. C’est tout d’abord la loi fédérale, posant le cadre pour les marchés publics passés par la Confédération, qui a été adoptée et si le projet initial posait un certain nombre de problèmes, des discussions avec les Parlementaires fédéraux ont permis des corrections aboutissant à un texte de qualité. C’est ensuite la révision de l’accord intercantonal, qui lui traite des marchés publics passés par les cantons et les communes, à laquelle il a été procédé. L’objectif était d’harmoniser les deux régimes. C’est globalement réussi, même si une différence notable subsiste concernant les conditions de travail. Pour nos membres c’est un succès car ils bénéficient d’un cadre législatif uniformisé qui lutte efficacement contre le dumping et la spirale négative des prix, qui a mis à mal beaucoup d’entreprises citoyennes privilégiant la qualité. Nous espérons que le paradigme va donc changer et que les choses vont évoluer pour que l’on évite les dérives et favorise une concurrence équitable.

La question de la concurrence rejoint celle des marchés publics, quel est votre avis sur ce sujet?

C’est un sujet qui va occuper une place importante en 2020 pour la FMB. Notre position est de dire que la concurrence n’est pas uniquement le prix le plus bas et que toutes les mesures qui font baisser les prix ne sont pas des mesures qui favorisent une concurrence saine, bien au contraire. Aujourd’hui les instances de la concurrence n’interviennent que sur ces problématiques mais ne s’inquiètent jamais de savoir si les positions dominantes comme peuvent avoir de très gros maîtres d’œuvre ne sont pas contraire au bon fonctionnement de la concurrence. Nous essayons donc d’inverser progressivement la tendance. En 2020, trois motions sont à l’ordre du jour du parlement fédéral et une éventuelle révision de la loi sur les cartels pourrait intervenir ou en tous cas être mise en consultation voire proposée par le Conseil fédéral.

Autre dossier brûlant en 2019, le travail au noir. Quelles ont été vos avancées pour lutter contre ce problème?

Nous avons beaucoup travaillé sur la question du travail au noir et les moyens que nous devons développer pour lutter contre cette véritable gangrène. Pour que la lutte soit efficace, une des solutions serait selon moi la responsabilisation des maîtres d’ouvrage et de leurs représentants mandataires ou encore l’arrêt des chantiers dès qu’il y a un soupçon de fraude pour ensuite instruire l’affaire dans de bonnes conditions. De plus, nous avons développé un système de badges permettant un meilleur contrôle des travailleurs, aucun ne pourra être présent sur un chantier s’il n’est pas préalablement identifié.

2019 c’est aussi l’année de la mise en service du Léman Express, votre retour sur ce projet?

Le Léman Express est en partie le bébé de la FMB, car dès 2001, la Fédération a défendu et soutenu politiquement ce projet. Nous avons aussi beaucoup communiqué pour convaincre la population genevoise des bienfaits de ce train régional, véritable RER à l’échelle régionale. Nous n’avons eu de cesse de combattre tous les opposants de toute sorte. Même si le chantier n’a pas été simple et a connu beaucoup de rebondissements, le Léman Express est maintenant là et Genève rentre de plain-pied dans le XXIe siècle. C’est une mobilité qui va complètement changer l’image de notre canton et de la région car de nouveaux pôles de développement ont vu le jour grâce à ce projet, ce qui contribue au dynamisme de notre région.

Le Léman Express est-il pour vous une nouvelle vision de la mobilité dans le canton?

Les axes de mobilité sont structurants, on ne peut pas aménager une zone sans penser au préalable à la mobilité. Le Léman Express en est le meilleur exemple. En terme de mobilité Genève a eu pendant longtemps une politique du « tout en voiture ». Aujourd’hui les choses ont changé et Genève est maintenant très hostile à la voiture, mais le problème de la mobilité reste car on ne se préoccupe pas des besoins de la population, mais juste de la voiture qui est l’ennemi à abattre sans mesurer les conséquences et ce que cela implique. Notre vision est simple : avant de supprimer la voiture de l’environnement urbain, il faut proposer une alternative crédible et convaincante pour les usagers. Nous sommes donc pour le développement des trams et des transports publics de manière cohérente.

Enfin, après la mobilité qu’en est-il du logement et de l’aménagement du territoire?

Premièrement, Genève manque cruellement de terrains constructibles et malheureusement le plan directeur cantonal ne prend pas en considération les spécificités de Genève à savoir que nous sommes un canton-ville avec un fort développement économique. Deuxièmement, l’accord sur le logement signé en 2006 a permis une production de logements jamais atteinte depuis des décennies mais aujourd’hui un magistrat essaie de modifier cet accord. Le problème est que, de quelques ajustements, il a entièrement révisé l’accord et qu’il a fermé la porte des négociations. Pourtant notre message est simple : Genève a besoin de logements. Il faut s’occuper de la demande avant de déterminer l’offre. Baisser le niveau des loyers pour construire pour la prétendue classe moyenne n’aura aucun effet et le problème perdurera. Les besoins ne se situent pas prioritairement en matière de logements sociaux, mais plutôt d’accès à la propriété. Ce faisant, nous répondrons au défi de loger nos actifs sur place, ce qui est bénéfique pour le canton puisque ce sont des gains en termes d’impôts, de fiscalité et de mobilité.

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