Philippe Venetz

Architecte cantonal

« Notre canton est un exemple en ce qui concerne l’architecture publique »

Depuis janvier 2015, Philippe Venetz est l’architecte cantonal du canton du Valais. Chargé de coordonner les grands projets architecturaux et urbanistiques entre l’administration, les professionnels et les usagers, il est le garant de la qualité architecturale et urbanistique. Zoom sur les chantiers actuellement en cours sur le canton et sur les spécificités de l’architecture publique valaisanne.

Qu’avez-vous réussi à mettre en place depuis votre nomination ?

Il est difficile de tirer un bilan de mon activité étant donné que les effets de ce que nous sommes en train de mettre en place, à l’interne comme à l’externe de l’Etat, se feront sentir d’ici une dizaine d’années. Il est donc important d’avoir une vision à long terme. La première chose que j’ai faite à mon arrivée a été de doter l’Etat d’une politique foncière et de dresser un inventaire de son patrimoine immobilier. Une autre de mes priorités consiste à réaliser de « vrais » bâtiments pour l’administration cantonale. L’objectif est de réunir les services aujourd’hui disséminés, ce qui sera beaucoup plus pratique pour les citoyens. Les projets et implantations doivent être analysés par le Conseil d’Etat.

Pouvez-vous nous rappeler les domaines d’activité du service que vous dirigez ?

Il y a tout d’abord la partie opérationnelle qui comprend la gestion du patrimoine foncier de l’Etat, soit environ 480 bâtiments à entretenir, mais aussi les projets d’investissement tels que les écoles, les prisons, les hôpitaux, etc., et la gestion des locaux administratifs. Contrairement à d’autres cantons, nous avons également la charge du patrimoine enfoui, c’est-à-dire l’archéologie, et du patrimoine bâti avec la conservation des sites et des monuments historiques. Nous sommes également un support d’action pour le canton et les communes valaisannes qui nous sollicitent régulièrement. Dans ce cadre, je vois mon rôle comme celui d’un facilitateur, entre mes confrères et les collectivités.

Quels sont les prochains grands chantiers d’investissement de l’Etat ?

Nous venons de lancer le concours pour le déménagement du Service de la circulation routière et de la navigation actuellement installé dans l’Hôtel de Police. Un nouveau bâtiment devrait voir le jour à proximité des casernes de Sion. Un autre projet important est la modernisation et l’extension des infrastructures de La Castalie à Monthey, qui a été accepté en janvier 2017 par le Conseil d’Etat. Le parc immobilier de l’institution nécessite d’être revu, tant pour des raisons sécuritaires et énergétiques que pour l’adaptation aux standards actuels de prise en charge des résidents en situation de handicap. Une augmentation des capacités d’accueil est également prévue. Un concours d’architectes a été lancé en février pour ce projet estimé à CHF 60 millions de francs. Le déplacement, à proximité de la gare, du Collège de la Planta est également prévu, ce qui représente un investissement de CHF 80 millions. Le concours d’architecte sera lancé en fin de l’année. Enfin, il y a le dossier des prisons, en attente depuis plusieurs années qui peut désormais être réactivé.

Qu’est-ce qui caractérise l’architecture publique valaisanne ?

Notre canton est un exemple en ce qui concerne l’architecture publique. Nous avons hérité de la politique visionnaire de Bernard Attinger, architecte cantonal de 1978 à 2007. Il a travaillé sans relâche pour faire accepter le principe du concours d’architectes pour tous les édifices étatiques et pour le transposer dans chaque commune qui construisit un bâtiment subventionné. En dehors de l’indéniable qualité qu’amène la mise en concurrence entre architectes, le concours permet de gérer l’aspect financier au moment où le bras de levier est le plus grand. Il est, en effet, plus facile de trouver un projet économique parmi 45 rendus dont les volumes oscillent de 15 à 40% (par rapport à la moyenne) plutôt que de grappiller 2 à 3% en négociant âprement les prix de soumission des entrepreneurs. Cette pratique systématique du concours permet aussi aux jeunes architectes d’émerger et de se faire un nom. De plus, cela pousse les bureaux établis à se maintenir à leur meilleur niveau. Depuis quelques années, on constate également un regain d’intérêt des privés pour les concours. Certains viennent me solliciter pour les aider à en organiser, ce dont je me réjouis. Nous sommes également à la disposition des communes pour leur monter les bonnes pratiques et les aider à organiser des concours. Un travail de sensibilisation à ce sujet est mené à chaque renouvellement d’exécutif.

Un objet public valaisan que vous trouvez particulièrement bien réalisé ?

J’admire le travail réalisé sur le projet de transformation du site des anciens arsenaux. On voit vraiment tout le génie de l’architecte à travers la réutilisation des deux anciens arsenaux et la construction d’une liaison centrale sous forme d’un « pli » métallique. Cette structure contemporaine valorise parfaitement les bâtiments historiques existants. C’est un bel exemple de conservation et de réaffectation, d’autant plus que du point de vue de l’utilisation tout le monde est enchanté.

En quoi l’architecture peut-elle jouer un rôle sur la société ?

J’appelle ça le rôle du beau. Depuis que nous sommes sortis de la grotte, l’architecture a un impact sur notre vie. Il suffit de prendre l’exemple d’une cité dénuée d’espaces verts et des problèmes que cela engendre. Cela ne vient pas tant de l’excès de densité mais surtout du manque de qualité. L’architecture est quelque chose qui se vit au quotidien, c’est pour cela qu’elle est autant passionnante et émotionnelle.

Les Valaisans sont-ils sensibles à leur architecture ?

Malheureusement pas tous. Ils ont tendance à perdre l’identité architecturale des lieux où ils vivent. Ce qui m’exaspère, ce sont les gens qui reviennent de voyage et veulent absolument réaliser les constructions typiques de l’endroit où ils étaient, comme une maison provençale en plaine ou un chalet tyrolien en montagne. Cela n’a rien à faire en Valais, d’autant plus que nous avons une architecture patrimoniale extrêmement belle et réinterprétable pour en faire du contemporain.

Que mettez-vous en place pour promouvoir la culture du bâti ?

Nous avons les Journées européennes du patrimoine qui offrent un programme riche et varié sur une thématique différente chaque année. Nous participons également aux Journées sia. En 2018, nous allons mettre en place différentes choses sur l’architecture contemporaine. En 2014, nous avons également édité le livre « L’architecture du 20e siècle en Valais 1920-1975 », un magnifique ouvrage qui documente les mutations et la diversité architecturale de notre canton. Enfin nous avons édité un guide à l’attention des communes sur la manière de dresser les inventaires afin qu’elles se rendent compte de la qualité de leur patrimoine.