Serge Dal Busco

DI – Département des infrastructures

« La mobilité aujourd’hui n’est ni de droite, ni de gauche, elle est simplement une question de bon sens et d’intérêt général »

Conseiller d’Etat en charge du département des infrastructures et vice-président du Conseil d’Etat, Serge Dal Busco doit faire face à de nombreux défis liés à la mobilité et aux infrastructures du canton et du grand Genève. Pour Bien Vivre, il revient sur les derniers projets en cours et les prochains objectifs à venir.

Après quelques mois d’existence, quel constat faites-vous au sujet du Léman Express ?

Le Léman Express a connu des débuts compliqués : grève de longue durée en France puis défauts de jeunesse avec de multiples causes, tant au niveau du matériel qu’à celui des habitudes et des processus. Mais la réactivité des différents partenaires a permis de trouver rapidement des solutions pragmatiques. Il ne faut pas oublier que mettre en place un réseau transfrontalier de cette ampleur est une première européenne. A titre de comparaison, la mise en service du M2 à Lausanne a généré des dysfonctionnements pendant près d’une année. Même s’il est encore un peu tôt pour tirer un bilan chiffré, les premières indications sont bonnes et montrent que l’enthousiasme des usagers n’a pas été freiné. Dès ses débuts, ce nouveau réseau ferroviaire a enregistré une forte fréquentation et confirmé son double rôle de RER et de métro urbain. Outre désengorger l’hyper-centre de notre canton et réduire notre empreinte écologique, il va pouvoir modifier en profondeur nos habitudes de déplacement et permettre à Genève de devenir enfin une métropole ferroviaire.

Quelle est votre opinion sur l’autoroute Machilly-Thonon que l’Etat français juge d’utilité publique ?

Cette décision appartient à l’Etat français même s’il n’aurait pas été inutile de prendre le temps nécessaire pour analyser les effets de la mise en service du Léman Express. Nous avons toutefois convenu, à l’échelle du Grand Genève, de mener des études concertées et une réflexion commune sur la meilleure gestion des flux pendulaires frontaliers. Cela permettra d’avoir une approche partagée de la situation actuelle et des enjeux futurs, afin de définir ensemble les actions à mener. Cette réflexion devra également se baser sur les premiers effets de la mise en service du Léman Express, dans l’optique d’encourager son utilisation. Il s’agira aussi de nous appuyer sur l’étude détaillée que les autorités françaises doivent à présent conduire sur ce projet d’autoroute, et notamment ses conséquences sur Genève.

Le vélo est de plus en plus utilisé. Quelles sont les prochaines nouveautés en la matière à Genève ?

L’augmentation du nombre de cyclistes, ainsi que celle de différents types de modes de transports actifs (vélos électrique, trottinettes, vélocargos etc.) nécessite de repenser les aménagements cyclables. Il faut améliorer à la fois leur qualité et leur continuité. Notre récent plan d’action sur la mobilité douce fixe une large série d’objectifs concrets. Nous travaillons par exemple en coordination étroite avec la Ville de Genève à plusieurs projets qui permettront de réaliser au centre-ville des aménagements cyclables performants et confortables sur plusieurs axes principaux, afin de permettre aux cyclistes de pouvoir rouler et se dépasser en toute sécurité. Les différents tronçons sont en cours d’études et nécessiteront passablement d’aménagements. Les demandes d’autorisations devraient être déposées avant l’été.

Un deuxième pont du Mont-Blanc, des navettes lacustres pour voitures ou toutes autres solutions pour désengorger le centre-ville sont-ils un jour possible ?

La première chose à mettre en œuvre pour désengorger le centre-ville est d’appliquer efficacement la loi pour une mobilité cohérente et équilibrée (LMCE), comme je m’y suis engagé. Cette loi approuvée en 2016 par plus de 68% du corps électoral donne la priorité aux transports publics et à la mobilité douce dans l’hyper-centre et le centre de la ville, avec la réalisation d’une moyenne ceinture fluide pour permettre aux voitures de contourner le cœur de la cité. La création d’une passerelle piétonne parallèle au pont du Mont-Blanc est nécessaire dans ce contexte, car elle permettra d’aménager des voies cyclables dignes de ce nom sur le pont, tout en fluidifiant le trafic automobile autour de la rade dans le cadre de la moyenne ceinture. Les projets avancent, mais je tiens à souligner que pour fluidifier le trafic automobile, pour créer des voies cyclables et piétonnes et des couloirs pour une bonne circulation des bus, il est nécessaire de dégager de la place sur la chaussée et donc d’enlever des places de stationnement. C’est pour cela que nous avons élaboré un projet qui permet de tenir mieux compte des nombreuses places de parking vides en sous-sol pour compenser ces places en surface. Ce sera un objet important des prochaines votations, et cet assouplissement est indispensable pour pouvoir réaliser les objectifs de la LMCE et améliorer la qualité de vie de tous en ville. J’ajoute que le désengorgement de la ville passe aussi par la lutte contre le trafic pendulaire qui parasite nos routes et contribue aux bouchons insupportables que l’on connaît dans le centre. C’est également l’un de mes objectifs prioritaires.

De tous vos dossiers lequel vous tient le plus à cœur ?

La mobilité occupe naturellement une grande partie de mes journées tant les questions y sont complexes et essentielles pour la vie quotidienne de tous les citoyens. Dans ce domaine, nous avions pris beaucoup de retard, mais avec le Léman Express et la mise en œuvre de la LMCE, nous sommes en train de bâtir enfin un cadre plus efficace et respectueux de l’environnement. Cela étant, je suis aussi responsable de la stratégie numérique de l’Etat, et c’est également un enjeu majeur pour notre société. L’Etat a un rôle important à jouer. Ainsi, notre office cantonal des systèmes d’information et du numérique va mettre bientôt en place un espace virtuel unique pour les citoyens, dans lequel ils trouveront l’ensemble de leurs échanges avec l’administration publique, et toutes les prestations en ligne. A ce propos, nous avons lancé au début de cette année la centième e-démarche cantonale, et le succès est au rendez-vous puisque plus de 200 000 personnes utilisent ces démarches en ligne. Et puis je ne voudrais pas oublier l’office cantonal des bâtiments, qui fait également partie de mon département. Cette entité gère l’ensemble des bâtiments de l’Etat, soit près de 2000 objets, et mène une stratégie très dynamique pour améliorer l’efficacité énergétique de nos immeubles. C’est aussi une priorité tout à fait en phase avec les défis que doit relever notre monde actuel.

Pour conclure sur la mobilité, quelle serait « la Genève idéale » à vos yeux en cette matière ?

Je voudrais une Genève pacifiée dans laquelle la multimodalité serait pleinement utilisée, un centre-ville enfin apaisé, avec de vrais aménagements continus et de qualité pour la mobilité douce et pour des transports publics efficaces. Une diminution massive du trafic de transit inutile, qui permettra enfin aux entreprises de ne pas perdre des heures dans les bouchons, tout en améliorant la qualité de vie des habitants. La majorité des Genevoises et des Genevois ne demandent que cela, j’en suis convaincu. Mais pour y parvenir, il faut absolument que cessent les querelles de clocher, il faut que les milieux de tous bords abandonnent certaines postures rigides pour se mettre d’accord autour d’une vision constructive et moderne de l’avenir et de la vie en ville. Je m’y emploie. C’est une tâche ardue, mais je sens du changement, notamment dans la nouvelle génération.