29 Jan SIA Vaud – Société suisse des ingénieurs et des architectes
Lionel Rinquet
Des métiers qui doivent s’adapter aux changements
Faut-il continuer à construire ? La question tend à se poser si les méthodes d’hier devaient rester les mêmes avec l’impact sur l’environnement qu’on leur connaît. Pour ériger tout bâtiment, aujourd’hui, les métiers liés ne peuvent plus conjuguer sans écologie, et doivent remettre en question nombre d’acquis. S’adapter, ils le font. Cette volonté d’être vertueux n’aide pas pour autant à trouver des jeunes prêts à s’investir dans ces professions. Une carence se fait sentir plus spécialement chez les ingénieurs. Rien n’est simple. Être membre de la SIA est plus qu’important pour le soutien et l’aide qu’elle apporte sur tous les fronts. Pour nous parler de son actualité, rencontre avec Lionel Rinquet, président de la section Vaud.
Lionel Rinquet, vous êtes président de la SIA Vaud. Merci de vous présenter en quelques mots
Architecte de formation, diplômé de l’EPFL, j’ai travaillé pendant très longtemps dans la construction, principalement dans la gestion de projet et la gestion de chantier. Depuis maintenant une dizaine d’années, je suis professeur à l’HEPIA (Haute école du paysage, d’ingénierie et d’architecture) à Genève. Par ailleurs, désireux de m’investir pour nos professions, j’ai intégré, il y a 5 ans, le comité de la SIA Vaud. J’en suis actuellement président jusqu’en mars 2026.
Quelles sont les orientations de la SIA Vaud ?
La SIA est une association professionnelle qui regroupe des architectes et des ingénieurs actifs dans le domaine de la construction, du bâtiment et de l’environnement. C’est donc assez large. Au niveau national, elle compte 16’000 membres. La section vaudoise en regroupe environ 1300, cela en fait la deuxième la plus importante après Zurich. Ses orientations sont, principalement, de promouvoir les professions qu’elle représente et de défendre les intérêts de ses membres. Tout comme notre faîtière, qui fait une forme de lobbying au niveau politique, nous agissons de la sorte mais au niveau cantonal.
Vos métiers connaissent de grands changements, comment cela se traduit-il au quotidien ?
Dans le monde de la construction, comme dans beaucoup d’autres secteurs, nous sommes à un tournant. Nos métiers évoluent, de par la transition énergétique et la transition environnementale. La SIA Suisse a voté, lors de sa dernière assemblée des délégués, un plan d’action pour le climat, l’énergie et les ressources qui définit huit champs d’action assortis d’idées directrices et de mesures visant à réduire les émissions. Ceci a pour vocation de nous aider, de nous fournir des idées et des solutions. À nous maintenant de travailler autour avec nos membres, au niveau cantonal, car, chose certaine, nous ne pouvons plus agir comme par le passé.
Est-ce que la relève est au rendez-vous ou peinez-vous à attirer les jeunes vers vos métiers ?
Nous sommes actuellement face à un problème majeur : la relève. L’ingénierie, plus que l’architecture, souffre d’un déficit de personnel chronique. On ne forme pas assez en Suisse, ça fait des années, voire des dizaines d’années qu’on le dit. L’image de « bétonneur » n’enthousiasme pas vraiment les jeunes. Alors, il y a beaucoup à faire pour expliquer ce que sont ces métiers, en quoi ils sont essentiels pour l’évolution de la société. Pour ce faire, on a mis, entre autres, la relève au centre du propos et mené, au sein de la SIA Vaud, plusieurs projets, autour. Nous discutons avec des écoles, des centres de formation… pour savoir comment ils voient les choses. Nous œuvrons aussi auprès des plus jeunes avec, par exemple, la création en 2024 d’un escape game sur le thème des professions de la construction et de la durabilité. Il a connu un grand succès, de ce fait, d’autres sections de la SIA l’utilisent en Romandie. Par ailleurs, nous allons organiser des états généraux car faire des lois, étoffer le cadre légal avec plus d’obligations pour les propriétaires et les maîtres d’ouvrages, nécessite toujours plus de professionnels et il en manque. Nous souhaitons donc mettre autour d’une table tous les protagonistes, canton, acteurs des secteurs, écoles… pour que chacun expose ses problèmes et qu’ensemble nous trouvions des solutions.
Vous souhaitez valoriser vos métiers. Pourquoi ?
Les jeunes comme les particuliers et les autorités doivent prendre conscience de plusieurs paramètres qui entourent nos professions. Par exemple, on nous fait souvent remarquer que les salaires ne sont pas suffisamment attractifs dans nos branches. Conscients de la chose, c’est un axe d’action vraiment important pour la SIA Vaud, que de valoriser nos prestations. Si on veut un environnement bâti de qualité, il faut des gens compétents qui travaillent derrière et qui soient rémunérés à la hauteur des attentes. Ce sont des prestations intellectuelles, difficiles à jauger, surtout que les tarifs sont libres. Dans le cadre d’un mandat privé, le marché est libre, la concurrence fonctionne. La situation est un peu différente pour les marchés publics. Les collectivités publiques concentrent une partie très importante des mandats et ont une responsabilité particulière en termes d’exemplarité. Dans ce cadre, il nous arrive de rencontrer certaines difficultés. Par exemple avec le plafonnement des tarifs horaires dans certains appels d’offres à des niveaux inacceptables, ou la mise sur pied de procédures de mise en concurrence qui ne correspondent pas aux canons de la SIA. Donc nous essayons de nous battre pour qu’il y ait des marchés publics équitables, avec une organisation qui respecte certaines obligations, et qu’ils s’en tiennent aux règles que la SIA Suisse édicte dans ses règlements. Autant dire que c’est complexe. Comme vous le voyez, ce ne sont pas les sujets de taille et d’importance qui nous manquent !
SIA Section Vaud
Avenue de Rumine 6 – CH-1005 Lausanne
Tél. +41 21 646 34 21
info@vd-sia.ch – www.vd.sia.ch
Photo principale: © Marc Rickling

