SIA Valais

La Société des Ingénieurs et Architectes (SIA) section Valais est composée de plus de 400 membres, ingénieurs et architectes, répartis en trois groupes professionnels : environnement (GPE), génie civil & technique (GPGCT) et architecture (GPA), Son but principal est de défendre la profession et les intérêts de ses membres. Qualité, sécurité, durabilité et transparence sont les piliers et les valeurs qu’elle prône. Afin d’en savoir plus sur ses activités et les défis auxquels sont confrontés ses membres, nous avons rencontré Léonard Bender, architecte EPFL et président de la SIA Valais.

Quelles sont les principales missions de la SIA Valais ?

La SIA produit et édite notamment une majeure partie des normes, directives et recommandations qui sont appliquées en Suisse dans les domaines du bâtiment et de la construction en général pour définir la qualité d’un bâtiment ou d’une infrastructure. Des normes extrêmement pointues, notamment dans les domaines de I’environnement et de l’énergie. Celles-ci servent d’ailleurs souvent de référence aux autorités compétentes en cas de litige. L’association a également un rôle formateur, puisqu’elle propose différents cours de formation continue pour ses membres et s’engage pour assurer la relève en faisant la promotion de ses métiers. Elle organise également des visites de chantiers à l’attention des professionnels et des étudiants. La SIA Valais a enfin un rôle de conseil en étant l’interlocuteur privilégié des autorités sur les questions touchant la construction et l’aménagement du territoire.

En quoi recourir à un professionnel membre de la SIA est un gage de qualité pour le maître d’ouvrage ?

Les membres de la SIA Valais sont des professionnels compétents avec une expérience étendue en architecture, en génie civil, en génie technique et industriel et en environnement. Tous nos membres sont au bénéfice d’un Master HES ou EPF. Tous travaillent dans un même souci, celui de garantir qualité, sécurité, durabilité et transparence. Il faut savoir qu’en Valais, la profession d’architecte n’est pas protégée, et qu’un simple diplôme technique suffit pour construire, ce qui peut parfois poser problème sur le terrain.

Comment faites-vous pour sensibiliser la population aux enjeux de vos professions ?

Ces dernières années, nous sommes allés à la rencontre de la population pour leur montrer que nos prestations ne sont pas seulement réservées à une « élite » et à des grands projets, mais que nous représentons une qualité à laquelle tout un chacun peut prétendre. Nous organisons également des Cafés conseils durant le salon Prim’Vert. Des séances gratuites de 30 à 45 minutes durant lesquelles les architectes et ingénieurs SIA mettent leurs compétences au service des propriétaires sur des questions et problématiques variées. Nous avons également fait entendre nos voix durant les débats publics qui ont touchés le milieu de la construction ces derniers temps en Valais.

Dans quelle mesure vos membres sont-ils soumis à la concurrence déloyale et comment faire face ?

En Valais, nous sommes moins soumis à la concurrence étrangère que les cantons limitrophes comme Genève et le Jura. Il existe en revanche un phénomène de délocalisation des prestations d’ingénieur avec un fort risque de pertes de nos savoir-faire. En Suisse, on a coutume de dire que l’on n’a pas de matière première mais de la matière grise avec des écoles et un système de formation performant. Mais si on sous-traite des compétences, nos jeunes n’auront plus de travail dans ce type d’activité. Cela pose également la question de la responsabilité en cas de problèmes sur les ouvrages. Il faut faire attention à avoir le meilleur produit dans les meilleures conditions et au meilleur prix et qui dit meilleur prix ne dit pas forcément le meilleur marché. On dit d’ailleurs souvent que le bon marché est toujours trop cher. Au sein de la SIA Valais, nous essayons de défendre la qualité et la qualité a un certain prix.

La densification est une thématique importante depuis la révision de la LAT. Comment densifier de manière qualitative ?

Nous nous sommes toujours battus pour une LAT qualitative et non pas quantitative. Il ne s’agit pas raser des villages pour y mettre des tours et du béton partout, mais plutôt de restaurer et requalifier certains bâtiments comme d’anciennes granges par exemple ou de créer des petites annexes au sein de zones villas. Afin que la population prenne conscience de cela, une exposition, organisée par le service de l’aménagement du territoire, circule actuellement dans le canton. Un livre avec différents exemples de densification est également sorti. Il faut que les gens comprennent que densifier ce n’est pas construire la ville partout, c’est mieux construire la ville en réfléchissant notamment à l’urbanisme, chose que font de plus en plus les villes. La densification répond également à l’évolution des comportements puisque les jeunes recherchent la densité tout comme les couples proches de la retraite encore actifs ou encore les familles recomposées.

Comment la SIA Valais s’engage-t-elle dans la promotion de la culture du bâti ?

C’est l’un des thèmes importants de la SIA au niveau suisse. La SIA Valais participe notamment aux Journées européennes du patrimoine, dont l’objectif est d’éveiller l’intérêt de la population pour les biens culturels et leur conservation. Deux événements sont prévus en 2018 : la visite des ponts d’Alexandre Sarrasin, pionnier des ouvrages d’art en Valais (26.05.2018) et celle des réalisations de Jean Suter, célèbre architecte sédunois des années 1950 (22.09.2018). Les gens sont surtout sensibles au patrimoine du Moyen-Age où aux vestiges romains mais ils ont encore des difficultés à s’assimiler au patrimoine des objets plus récents datant du XIXe ou
XXe siècle. Il est de notre devoir, en tant qu’association professionnelle, de montrer que ce patrimoine fait partie de notre histoire, qu’il est fragile et qu’il faut le sauvegarder. Nous participons également aux journées SIA de l’architecture et de l’ingénierie contemporaines qui ont lieu tous les deux ans. La prochaine édition se tiendra les 9-10 et 16-17 juin 2018. A cette occasion, les membres de la SIA ouvrent leurs portes et invitent un large public à découvrir leurs dernières réalisations.

La SIA Valais s’est engagée en faveur de la 3e correction du Rhône en 2015. Quelle implication concrète pour le territoire alors que les travaux sont en cours ?

Cette 3e correction du Rhône est une chance. Elle va avoir une incidence directe sur le territoire et la manière d’y vivre. Cela va permettre à la population de se réapproprier les berges tout en se protégeant des crues. En même temps, c’est toute la plaine du Rhône qui va être repensée du point de vue de l’urbanisme. La SIA prévoit justement un groupe de travail afin d’étudier l’urbanisme en plaine. Alors que dans la plupart des grandes agglomérations les villes se développent de manière concentrique, en Valais cela est impossible compte tenu du Rhône, ce qui contribue au développement d’une « Ville-Vallée ». Un phénomène d’autant plus intéressant à étudier que l’on attend plus de 30 000 habitants supplémentaires en Valais à l’horizon.

Malgré le mode de vie urbain de la majorité des Valaisans, la campagne ne va pas mourir. L’agriculture, avec moins d’exploitants certes, est innovante et créative, et évolue parfois avec l’appui de l’ingénieur agronome. Cela sans compter la viticulture sur le coteau qui produit des vins à grande valeur ajoutée, sur des parcelles en terrasse qui font partie du patrimoine bâti de notre canton (ex : projets de remise en état de murs en pierres sèches menées par des ingénieurs en génie rural et ou en génie civil de la SIA).

Zoom sur les ingénieurs SIA-Valais:

Moins médiatisés que leurs collègues architectes, les ingénieurs ont un rôle pourtant indispensable lors de la réalisation de tout projet. Leurs activités et domaines de compétences restent encore méconnus du grand public. Zoom les enjeux de la profession en compagnie de Pierre-Jean Duc, président du GPGCT et Mathias Carron, secrétaire du GPE.

Les ingénieurs manquent de main d’œuvre locale. Comment l’expliquez-vous ?

P.-J.D. / M.C. : Nous avons du mal à attirer les jeunes. Contrairement aux architectes qui bénéficient notamment de l’aura de certaines stars, nos métiers manquent encore de visibilité. Mise à part les grands ouvrages d’art, nos prestations sont cachées dans l’ouvrage de l’architecte et visibles uniquement au moment du chantier. Quant au travail des ingénieurs du groupe environnement, il est peu mis en avant, alors que durant les intempéries que nous avons connues cet hiver, leur rôle a été crucial. Nous avons un peu des métiers de l’ombre et les vocations sont difficiles à susciter. La conséquence directe en est un recours inévitable à la main d’œuvre étrangère.

Quelles sont les initiatives menées par la SIA Valais pour contribuer à la mise en valeur de l’ingénierie ?

P.-J.D. : Nous sommes présents à Prim’Vert et au forum étudiants « Your Challenge ». A cette dernière occasion, les jeunes ont pu découvrir en 2017 l’exposition interactive « Un pont c’est tout » organisée par la coordination romande de la SIA. Ils ont pu également découvrir l’ouvrage d’Anne Wilsdorf « Ingénieuse Eugénie », paru en avril 2015, visant à promouvoir les métiers de l’ingénierie auprès des filles. L’Emission « les Pieds sur Terre » de Canal 9, mis sur pieds par la SIA Valais, permet également de parler des métiers liés à l’environnement et à l’ingénierie.

Quels sont les grands défis auxquels est confrontée la profession ?

P.-J.D. : La méthodologie BIM s’impose petit à petit dans la pratique de la construction. Le fait de pouvoir permette un partage interdisciplinaire performant de l’information et de la conception du projet interroge directement nos métiers et le fonctionnement des bureaux. Un autre défi, peut-être plus axé sur la technique, réside en la mise en place des solutions énergétiques nécessaires à la stratégie énergétique de la Confédération. Au niveau cantonal enfin, une nouvelle loi sur l’énergie, en cours de préparation, devrait également apporter son lot de nouveaux défis.

Si on imagine assez bien la fonction d’un ingénieur civil et d’un ingénieur technique, le rôle d’un ingénieur en environnement est assez flou. Pouvez-vous nous en dire plus ?

M.C. : Le GPE rassemble les compétences interdisciplinaires des métiers de l’environnement, du paysage et de l’aménagement du territoire. Parmi les métiers représentés : les ingénieurs génie rural, les ingénieurs forestiers, les ingénieurs géomètres, les chimistes, les géologues, les hydrogéologues et les géotechniciens. Leur point commun : la proximité au territoire et à la terre.

Le Valais a encore une fois connu de nombreuses intempéries cet hiver. Quels sont les particularités du canton et comment faire face ?

  1. C. : La topographie de notre canton fait que les zones d’habitat et les voies de communication sont fréquemment exposées aux dangers naturels. Le Valais, comme tout canton alpin, a été soumis au risque d’avalanches cet hiver, mais également aux glissements de terrain suite aux fortes pluies du mois de janvier. Le potentiel de dommages liés aux phénomènes de crues est également présent, particulièrement dans la plaine du Rhône. L’occurrence des dangers naturels est étroitement dépendante de l’évolution climatique. Elle a une incidence par exemple sur la fonte du permafrost en altitude qui peut générer plus de laves torrentielles. Le nombre d’incendies de forêts a augmenté ces 20 dernières années. On a pu voir début 2018 les conséquences de l’incendie de Viège survenu en 2011 avec des coulées de boue descendues jusque sur les routes principales en plaine. Des stratégies ont été mises en place par les autorités selon les différents types de risques. Pour lutter contre le risque d’incendies de forêts par exemples, des plans d’intervention sont en cours d’élaboration par le Canton. Les ingénieurs du groupe environnement sont particulièrement sollicités et nos actions sont basées sur un travail de fond en continu.

Ingénieur-électricien EPFL, Gregorio Bonadio est le nouveau président de la SIA

Quels seront vos objectifs prioritaires durant ce mandat ?

G.B. : Les dossiers prioritaires durant les prochaines années seront certainement ceux liés à l’énergie avec l’implémentation en Valais de la stratégie énergétique 2050, les questions des dangers naturels avec la 3e correction du Rhône et le dérèglement climatique ou les impacts territoriaux et urbanistiques de liaisons plaine-montagne. Dans tous ces dossiers, il est important que tant le public que les autorités puissent s’appuyer sur des professionnels fournissant un travail de qualité comme le font nos membres. Enfin en interne, je souhaiterais également augmenter la participation au sein de l’association de nos membres du Haut-Valais.

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