Thierry Apothéloz

DCS – Département de la cohésion sociale

« Améliorer la qualité de vie du plus grand nombre est mon fil rouge »

Thierry Apothéloz est Conseiller d’Etat en charge de la cohésion sociale. Elu en 2018, la politique lui permet d’agir dans des domaines qui lui tiennent à cœur et où il peut faire avancer, entre autres, les dossiers sociaux. Mettre tout en œuvre pour le bien vivre ensemble résume autant ses actions que sa volonté. Bien Vivre l’a rencontré pour parler des projets en cours.

Merci de nous présenter en quelques mots, les fonctions de votre département.

Le Département de la cohésion sociale (DCS) est chargé de la majeure partie des politiques sociales du canton. Il a notamment la responsabilité de l’ensemble des prestations sociales et allocations sous condition de ressources, c’est-à-dire octroyées en fonction de la situation du bénéficiaire. Le DCS est également en charge de la protection des adultes. Il mène en outre la politique cantonale d’intégration et supervise l’animation socioculturelle dans les quartiers, avec lesquels il développe des partenariats pour renforcer la participation citoyenne. Mon département pilote aussi la politique culturelle et sportive cantonale. Enfin, depuis janvier 2019, il est chargé des relations avec les communes, dont il est par ailleurs l’autorité de surveillance. Je me plais à relever que pour toutes ces missions, qui tendent à préserver notre vivre ensemble et améliorer la qualité de vie des habitantes et habitants, le DCS s’appuie sur un fort réseau de partenaires institutionnels, associatifs ou privés.

Dans vos domaines d’action, quels sont les gros dossiers en cours ?

Je vais démarrer avec le sport et la nouvelle patinoire. C’est un projet essentiel pour le canton, et si l’horizon de la fin du chantier est à 7-8 ans, ce projet est déjà pleinement actuel pour moi, puisque j’y consacre une grande partie de mon temps. C’est un projet de grande importance, et de longue haleine aussi, puisqu’il nous faut réfléchir à l’aménagement du territoire d’une part et d’autre part à la meilleure manière d’exploiter la future patinoire et de la faire vivre. L’une des questions est de savoir si l’on souhaite que le projet qui prendra place sur le site du Trèfle Blanc reste 100% public ou qu’un partenaire privé entre dans le jeu. Ce point reste à ce stade ouvert. Ce qui est certain en revanche, c’est que la future patinoire n’aura d’usage que le sport et ne sera pas convertie, par exemple, en salle de concert.

Concernant la culture, je souhaite vraiment positionner le canton comme une place forte de cette dernière. Le peuple a voté à 83% pour l’IN167. Cette initiative populaire propose d’instaurer dans la constitution genevoise les conditions d’une nouvelle gouvernance pour la culture, fondée sur une collaboration active entre les communes, les villes et le canton. Afin qu’il demeure un acteur crédible vis-à-vis des communes, il cofinance déjà la création artistique et certaines institutions culturelles comme le Grand Théâtre pour citer un exemple. Maintenant, il faut définir les contours de ce rôle de coordinateur car la culture est large et très vaste. Nous devons cibler nos priorités car nous ne pouvons malheureusement pas tout faire ni soutenir tout le monde, ni toutes les initiatives. Un autre élément qui m’importe est la question de l’accès : il est important que la culture soit accessible au plus grand nombre. Peut-être faut-il aussi la repenser en se demandant si c’est nous qui devons aller à elle ou au contraire si c’est elle qui doit venir à nous.

Pour ce qui est des actions sociales, la refonte de l’aide sociale à Genève est d’actualité. Il nous faut revoir les fondamentaux, réfléchir aux bénéficiaires de l’Hospice Général et à l’insertion ainsi que son accompagnement. La dernière révision a eu lieu en 2012, elle est aujourd’hui souvent obsolète c’est pourquoi la réflexion se fait avec les partenaires comme les communes. Autre souci à résoudre, le surendettement qui touche de plus en plus de personnes puisque 47% des bénéficiaires des Hospices sont touchés. Une étude prouve qu’il est majoritairement dû aux dépenses faites pour le logement, les impôts et l’assurance maladie. Une future loi le concernant va être proposée.

Pour finir, je parlerai des communes. Je souhaite que leur gouvernance soit revue, afin de gagner en lisibilité mais aussi pour respecter la Constitution. Aujourd’hui, il y en a 22 dans le canton qui comptent moins de 3000 habitants et qui sont gérées par un maire et deux adjoints. Toutes celles qui ont plus de 3000 habitants sont gouvernées par un conseil administratif. Il faut à terme que toutes soient ainsi. Cela permet d’éviter qu’une seule personne prenne les décisions. Cette modification constitutionnelle passera par un vote populaire et j’ai bon espoir qu’il soit validé car tout le monde s’accorde pour dire que cette future loi est juste et ramène à ce qu’est la Suisse en matière de politique, c’est-à-dire attachée à la concordance et au consensus.

Pouvez-vous nous donner des exemples de manifestations culturelles qui sont marquantes à vos yeux ?

De plus en plus, l’art contemporain s’installe dans les quartiers genevois et je trouve ceci très intéressant. Voyons par exemple les aménagements culturels d’Art&Tram qui s’étendent jusqu’à Bernex. Dans un autre ordre d’idée, l’art contemporain a trouvé sa place sous une forme différente, dans la nouvelle gare des Eaux-Vives et prochainement dans les quatre autres nouvelles gares genevoises du Léman Express. Ce projet, baptisé MIRE, consiste à diffuser sur des écrans des œuvres vidéographiques réalisées par des artistes contemporains, suisses et étrangers. C’est aussi ludique qu’intéressant et, surtout, cela interpelle, dans le flux du quotidien et des mouvements de passagers.

Vous attendez quoi de votre engagement en politique ?

Je suis à la base travailleur social qui a à cœur d’aider les jeunes et les familles. En entrant en politique et en devenant Conseiller d’Etat, l’opportunité m’est donnée d’aller encore plus loin dans ma démarche et d’agir à une plus grande échelle, au cœur même des difficultés que rencontrent encore trop de personnes. Améliorer la qualité de vie du plus grand nombre est mon fil rouge. J’assume une fonction passionnante dans laquelle je peux mener de front des dossiers très importants comme des petits projets qui sont porteurs.

Votre idéal de vivre ensemble à Genève serait lequel ?

Idéalement, j’aimerais que chacun trouve sa place, que les individus pensent plus collectif et que la solidarité augmente. C’est difficile et malheureusement de nombreux signaux clignotent dans le rouge et posent le risque d’un repli sur soi. A Genève, le vivre ensemble est fragile, il faut donc y veiller et ce, dans de nombreux domaines. Si l’on parle des personnes âgées, par exemple, trop sont isolées et il y a un réel effort à faire de ce côté. Pour moi, leur sort tient d’une situation d’urgence et je souhaite vraiment trouver des solutions avec les communes ou encore les associations pour endiguer cette solitude de plus en plus courante.