Thierry Apothéloz

Département de la cohésion sociale

« La culture interroge notre société. Le sport nous réunit »

Maire et Conseiller administratif de Vernier durant 15 ans, Thierry Apothéloz a fait son entrée au gouvernement cantonal le 1er juin 2018. A la tête d’un nouveau département qu’est celui de la cohésion sociale, des dossiers majeurs l’attendent, à commencer par la refonte de la politique de l’aide sociale. Bien Vivre est allée à sa rencontre dans ses bureaux en Vieille-Ville de Genève.

Pourquoi avoir décidé de vous lancer dans la Course au Conseil d’Etat ?

Après 15 ans au sein d’une commune, j’étais intéressé par le changement d’échelle. J’avais envie de voir comment, avec l’énergie qui me caractérise, j’étais capable de répondre aux enjeux actuels du canton et de travailler sur des dossiers politiques majeurs. Etre maire de la deuxième ville du canton avec des indicateurs de précarité forts et peu de moyens financiers a été un excellent exercice.

Vous aviez échoué de peu en 2013. Qu’est-ce qui a fait la différence selon vous ?

On apprend de ses échecs. En 2013, j’ai pâti d’un manque de notoriété, ainsi que d’un manque de présence sur certains dossiers. Depuis j’ai acquis plus d’expérience et pris le temps de me faire connaître en allant à la rencontre des habitants du canton, une expérience des plus enrichissantes. En outre, le fait de présider l’Association des communes genevoises a également contribué à une plus grande visibilité de mon engagement politique.

Pour la première fois de son histoire, notre canton s’est doté d’un département entièrement consacré à la question de la « cohésion sociale ». Quel est son objectif ?

Le Conseil d’Etat élu a en effet fait le choix de confier les tâches présidentielles à un magistrat, en plus de la conduite d’un département ordinaire à l’inverse de l’option retenue pour la législature précédente. Il a donc fallu créer un nouveau département, celui de la cohésion sociale. Celui-ci traite des politiques de cohésion sociale en milieu urbain, des affaires sociales, de la culture, du sport et de l’intégration des étrangers. C’est un département qui a la lourde – mais passionnante – responsabilité
de travailler à renforcer le vivre-ensemble.

Quelles sont les synergies possibles entre tous ces domaines ?

Des transversalités existent. La culture et le sport sont trop souvent vus comme de simples loisirs : je m’oppose à cette vision restrictive, car ils ont un rôle essentiel à jouer dans l’approfondissement de nos liens. La culture interroge notre société. Le sport nous réunit.

Des réflexions sont par exemple à mener sur la manière dont on imagine l’accès à la culture pour les quartiers populaires. Nous travaillons également sur la question de l’intégration par le sport. Ces convergences de politiques publiques sont particulièrement intéressantes. C’est une logique qu’a souhaité encourager le Conseil d’Etat entre les départements, l’idée étant de moins travailler en silo. L’emploi, la santé, la formation ou le sociale sont par exemple des thématiques très liées. La concrétisation de cette volonté est la création de délégations permettant de décloisonner les différents départements. On peut citer notamment la délégation du contrat social reliant mon département et celui de la Santé dirigé par M. Poggia.

Avec ce nouveau département il a fallu tout construire. Pas trop difficile ?

Il est vrai que mettre sur un pied un nouveau département est un exercice difficile et délicat, car on ne bénéficie pas d’une structure héritée de ses prédécesseurs. Nous avons la chance d’avoir des collaborateurs qui viennent de différents départements et qui amènent leurs compétences, leur expérience et leur manière de travailler. Si une période d’organisation a été nécessaire, nous sommes à présent prêts à atteindre nos objectifs politiques.

Comment vous sentez-vous au sein de ce nouveau gouvernement ?

Je me sens très bien. L’ambiance et la dynamique de travail sont très bonnes. Moi-même comme Nathalie Fontanet, qui a également fait son entrée au Conseil d’Etat, avons été très bien accueillis D’emblée, j’ai senti que tout le monde souhaitait jouer dans la même équipe. C’est extrêmement précieux pour la suite de cette législature.

Quels seront vos principaux défis durant cette législature ?

Ils sont nombreux. Je pense notamment à l’explosion en dix ans du nombre de personnes à l’aide sociale qui montre qu’une refondation de celle-ci est à imaginer. Une refondation que je veux créer avec différents partenaires, aussi bien ceux du terrain que ceux des milieux académiques et associatifs. Au fond, nous devons travailler sur deux éléments : la question du nombre de personnes à l’assistance publique et la question de la durée de prise en charge. Il s’agit notamment d’améliorer le travail des assistants sociaux sur la question de la qualité de l’accompagnement social, qui vise à une insertion professionnelle et sociale la plus rapide possible. Pour cela il faut leur donner des outils pour travailler.

Autre enjeu, celui de l’accès à la culture et au sport, des prestations qui sont dévolues aux communes principalement mais que le canton doit aussi pouvoir accompagner. Il y a également toute la question de l’intégration des personnes étrangères sur le marché du travail comme dans la Cité. La Confédération demande un nouveau concept d’intégration avec le plan d’intégration cantonal 2.

Comment expliquez-vous les chiffres de l’aide sociale dans un canton comme Genève ?

C’est tout le paradoxe. Nous sommes un des cantons les plus riches de Suisse, avec une région qu’est le Grand Genève figurant parmi les plus dynamiques d’Europe et parallèlement on constate que la précarité augmente, qu’il y a une réelle difficulté pour les familles à boucler les fins de mois. Ce paradoxe est très difficile à vivre pour les gens et je pense qu’il y a plusieurs raisons qui peuvent expliquer ce phénomène.

Selon moi, il est impossible de repenser l’aide sociale sans repenser également l’insertion professionnelle. Il faut s’interroger sur la manière dont le monde du travail est en capacité d’arriver à prendre en compte les situations actuelles. Je pense notamment aux seniors et aux plus 50 ans qui rencontrent de vraies difficultés à se réinsérer sur le marché du travail. Il y a aussi toute la question de la prise en charge des jeunes adultes. Est-ce que l’étiquette aide sociale est une bonne entrée dans la vie ? J’en doute. Je veux zéro jeune à l’aide sociale et 100% en formation ou en emplois. Il faut transformer le paradigme de la prise en charge pour être sur un paradigme de l’accompagnement et de l’autonomie. C’est ça qui m’anime.