12 Nov USPI Vaud
Fabien Anex
L’immobilier vaudois face aux défis: formation, pénurie et transition énergétique
Fondée en 1940, l’USPI Vaud réunit aujourd’hui près de 110 agences immobilières. Fidèle à ses trois valeurs fondamentales – qualité, éthique et compétence – elle défend ses membres auprès des pouvoirs publics, les informe sur les nouvelles lois et directives et les accompagne dans les moments clés de leur activité. Plus que jamais active sur tous les fronts, l’association place la formation de la relève et des professionnels, la transition énergétique, la création de logements et le renforcement de l’image du métier au cœur de son action. Pour évoquer ces priorités et les projets en cours, Bien Vivre est allé à la rencontre de Fabien Anex, président de l’USPI Vaud.
Pouvez-vous retracer votre parcours professionnel et expliquer ce qui vous a conduit à la présidence de l’USPI Vaud ainsi qu’à vos priorités actuelles ?
Mon parcours dans l’immobilier est atypique. Entré presque par hasard dans une petite structure, j’y ai découvert la richesse du métier et gravi les échelons. Je dirige aujourd’hui une entreprise centrée sur la gérance locative, l’accompagnement des propriétaires et l’assainissement énergétique, tout en privilégiant la formation des apprentis et des collaborateurs. En parallèle, je suis depuis longtemps impliqué dans le monde associatif, convaincu que l’engagement collectif et la transmission sont essentiels au dynamisme de notre profession. Cet état d’esprit m’a conduit à rejoindre le comité de l’association en 2015. En 2024, les membres et le comité m’ont témoigné leur confiance en m’élisant à la présidence, un rôle que j’assume avec responsabilité et enthousiasme. Je poursuis la dynamique initiée par mon prédécesseur, en consolidant les actions déjà entreprises et en apportant ma propre vision. Mon ambition est notamment de renforcer encore la formation, de préparer la relève et de soutenir l’émergence de nouvelles compétences afin d’assurer la pérennité et le rayonnement de notre secteur.
Quels sont les dispositifs que vous avez mis en place pour attirer, accompagner et valoriser les apprentis dans l’immobilier ?
Avec le comité, nous avons placé la formation au cœur de notre action et structuré notre travail autour de trois grands axes. Le premier, c’est l’apprentissage comme porte d’entrée dans la profession. Aujourd’hui, plus d’un apprenti sur quatre interrompt sa formation avant le terme. Pour inverser cette tendance, nous avons conçu un dispositif complet d’information et d’évaluation. Tout commence par une séance gratuite destinée aux jeunes et à leurs parents pour leur présenter concrètement le métier et la réalité quotidienne des agences immobilières. Ensuite, ils passent des tests pratiques et un entretien individuel. L’objectif n’est pas de juger. Il s’agit plutôt de comprendre les profils, d’orienter les vocations et de redonner confiance aux employeurs qui s’engagent à former. Notre « édition test » a déjà permis de sécuriser neuf contrats d’apprentissage pour la rentrée 2025, avec un niveau d’adéquation très satisfaisant entre jeunes et entreprises. Le deuxième axe, c’est l’accompagnement tout au long de la formation. Nous avons mis en place un dispositif progressif : une journée d’accueil pour les premières années, une journée d’initiation aux états des lieux pour les deuxièmes années et, pour les troisièmes années, un module spécifique consacré à la préparation des examens oraux. Ces rencontres permettent de combler des lacunes du cursus traditionnel, de renforcer la pratique et d’acquérir très tôt les codes du monde professionnel. Enfin, le troisième volet consiste à valoriser l’excellence et la réussite. Chaque année, nous remettons un prix aux meilleurs apprentis de nos membres. C’est à la fois une reconnaissance symbolique et un signal fort pour toute la profession : nous valorisons la relève, nous encourageons l’effort et la qualité. Ces trois actions forment un tout cohérent qui vise à mieux sélectionner et préparer les jeunes, les accompagner sur la durée et, à terme, revaloriser l’image de la formation immobilière auprès des employeurs comme des futurs professionnels.
Vous avez également développé la formation continue au sein de l’USPI Vaud. Pouvez-vous détailler les actions concrètes que vous avez mises en place pour renforcer les compétences des collaborateurs ?
Pour l’instant, l’USPI Vaud ne dispose pas d’un cadre statutaire pour imposer la formation continue à ses membres. Nous souhaitons combler ce manque et valoriser l’effort des entreprises et de leurs collaborateurs. Notre métier évolue très vite, entre nouvelles législations, évolutions technologiques et contraintes économiques. Nous travaillons à la mise en place d’un système de points et un label « formation » pour reconnaître les entreprises qui investissent réellement dans la montée en compétences. Nous définissons actuellement le barème et les formats, mais la direction est claire : chaque collaborateur doit bénéficier d’un parcours continu et structuré. En parallèle, nous développons plusieurs actions concrètes. La Journée du gérant est une nouvelle rencontre annuelle entièrement consacrée à des sujets d’actualité très concrets, comme le photovoltaïque ou les nouvelles normes énergétiques, avec des experts invités pour que les participants repartent avec des solutions pratiques. Nous avons aussi mis en place les 12-14 en visioconférence, hérités de la période Covid, qui rencontrent un succès croissant. Le format de midi, à distance, permet de toucher beaucoup plus de participants qu’en présentiel et s’adapte aux nouveaux rythmes de travail. Enfin, nous continuons à enrichir nos formations spécialisées déjà existantes, qu’il s’agisse de droit du bail, de techniques immobilières ou de cours d’introduction, afin qu’elles puissent elles aussi entrer dans le cadre du label formation. Toutes ces actions s’ajoutent aux efforts que nous faisons pour créer du lien et du réseau entre membres, avec des rencontres régulières et des événements Next Gen pour les collaborateurs de la nouvelle génération. L’objectif est double : maintenir un haut niveau de compétences dans la profession et renforcer le sentiment d’appartenance à une communauté professionnelle.
Le canton de Vaud traverse une grave pénurie de logements et la transition énergétique est un enjeu majeur. Quelle est la position de l’USPI Vaud sur ces deux dossiers ?
Aujourd’hui, notre canton traverse une situation critique : moins de neuf logements vacants pour mille appartements, soit un taux de 0,89%, très en dessous du seuil de pénurie fixé à 1,5%. Cela touche directement les jeunes, les étudiants et toutes les familles qui cherchent à se loger à des prix raisonnables. Les causes sont multiples, mais le blocage des projets est central. Rien que l’an dernier, plus de 1500 logements n’ont pas vu le jour, souvent à cause d’oppositions ou de référendums. C’est symptomatique d’un système à bout de souffle. Pour moi, la priorité absolue doit être la création de logements. Cela implique que l’État joue pleinement son rôle d’arbitre. Il doit pondérer les arguments du patrimoine, de l’énergie ou du social face au besoin sociétal. Si un projet est conforme et pertinent, il faut pouvoir lever les oppositions et le réaliser. C’est ce message que je porte à travers l’USPI Vaud, dans les médias, dans les tables rondes et dans les groupes de travail. En parallèle, nous avons pris à bras-le-corps la question de l’assainissement énergétique. Nous avons lancé la première formation cantonale de « facilitateur de transition énergétique », afin que les gérants soient capables d’accompagner les propriétaires dans leurs travaux, de connaître les subventions, de planifier et de sécuriser les budgets. À titre personnel, je pilote depuis plus de dix ans des projets d’assainissement et je veux partager cette expérience avec la profession. Enfin, nous intervenons activement sur le projet de loi sur l’énergie. Dans sa version initiale, elle était largement inapplicable. Avec mon comité, nous avons multiplié les rencontres avec les députés et les chefs de service pour faire remonter les problèmes concrets et obtenir une version plus pragmatique. L’idée est d’avoir une loi qui permette vraiment de réaliser la transition énergétique sans bloquer le parc immobilier.
Quels sont les autres axes prioritaires et projets que l’USPI Vaud développe actuellement ?
La Fondation USPI est un outil précieux et discret. Elle intervient lorsque des familles ou des personnes, non éligibles à l’aide sociale, subissent un accident, un licenciement ou une maladie. Pendant ces mois d’incertitude, nous pouvons avancer des fonds ou payer le loyer pour éviter qu’une famille ne se retrouve à la rue. L’an dernier, plus de 60’000 francs ont été versés à une quinzaine de cas, financés exclusivement par nos membres et quelques partenaires privés, sans fonds publics. Parallèlement, le marché immobilier connaît une mutation profonde. Nous passons d’un paysage dominé par des propriétaires privés à un marché institutionnel – caisses de pension, fonds d’investissement – souvent moins proches du terrain et moins souples dans la gestion. La transition énergétique risque d’accélérer ce phénomène. Elle pousse des propriétaires privés à vendre plutôt qu’à financer des travaux lourds, ce qui menace l’équilibre entre régies indépendantes, propriétaires et locataires. Mon rôle est d’anticiper cette évolution et de maintenir un dialogue ouvert pour préserver un ancrage local et humain. Enfin, je m’efforce de redorer l’image du professionnel de l’immobilier. Trop souvent caricaturé, notre métier est en réalité constitué de femmes et d’hommes de terrain, impliqués localement et soucieux d’accompagner propriétaires et locataires dans un contexte complexe. Nous multiplions les actions concrètes – formation, assainissement énergétique, lutte contre la pénurie – et dialoguons avec les associations de locataires et les autorités. Nous voulons ainsi montrer que nous faisons partie de la solution et non du problème. C’est aussi en changeant cette perception publique que nous pourrons faire avancer plus efficacement les projets au bénéfice de tous.
USPI Vaud
Union suisse des professionnels de l’immobilier Vaud
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Tél. +41 58 796 33 64
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